Quel rôle pour les ressources humaines et le CSE dans une enquête interne en entreprise ?

Lorsqu’un signalement de harcèlement, de violence sexiste ou de souffrance au travail est porté à la connaissance d’une entreprise, une enquête interne peut aider à établir les faits et à décider des mesures adaptées. Cette démarche implique généralement les ressources humaines, la direction et, selon la situation, le comité social et économique (CSE). Chacun intervient dans un cadre défini, avec des responsabilités distinctes et une obligation de respecter les droits des personnes concernées.

Une enquête interne ne se résume pas à recueillir des témoignages. Elle doit être préparée, conduite avec impartialité et documentée de manière rigoureuse. Dans les situations sensibles, un accompagnement spécialisé peut être envisagé, notamment lorsqu’il existe un risque psychosocial important. Les organisations peuvent notamment s’informer sur les démarches d’accompagnement en prévention des risques psychosociaux proposées par des intervenants externes.

Pourquoi mettre en place une enquête interne ?

L’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Cette obligation découle notamment des articles L.4121-1 et suivants du Code du travail. Elle concerne les risques professionnels dans leur ensemble, y compris les risques psychosociaux, le harcèlement moral et le harcèlement sexuel.

Lorsqu’un signalement suffisamment précis est transmis, l’employeur doit l’examiner avec sérieux. Une enquête interne peut permettre de vérifier les faits allégués, d’identifier d’éventuels dysfonctionnements organisationnels et de prévenir la répétition de comportements problématiques. Elle ne remplace pas une procédure judiciaire et ne permet pas, à elle seule, de déterminer une responsabilité pénale.

La démarche peut être déclenchée après un signalement direct d’un salarié, une alerte d’un représentant du personnel, un constat managérial ou un événement susceptible de révéler une situation de danger. Le déclenchement doit être décidé rapidement, sans attendre que la situation se dégrade davantage.

Le rôle des ressources humaines

Les ressources humaines jouent souvent un rôle central dans la réception et le traitement des alertes. Elles peuvent recueillir le signalement, vérifier les informations disponibles, informer la direction et proposer un cadre méthodologique. Leur intervention doit rester compatible avec la confidentialité nécessaire à la protection des personnes.

Le service RH peut également contribuer à définir le périmètre de l’enquête. Il convient de préciser les faits examinés, la période concernée, les personnes susceptibles d’être entendues et les documents utiles. Un périmètre trop large risque de rendre la démarche difficile à maîtriser. Un périmètre trop limité peut empêcher de comprendre les événements dans leur contexte.

Les ressources humaines participent aussi à l’organisation pratique des entretiens. Elles peuvent établir un calendrier, préparer les convocations, identifier les enquêteurs et conserver les documents. Lorsque le service RH est directement impliqué dans les faits signalés, ou lorsqu’un doute existe sur sa neutralité, l’entreprise peut confier tout ou partie de la mission à un intervenant externe.

Le rôle des RH ne consiste pas à défendre automatiquement l’entreprise ou la personne mise en cause. Il consiste à contribuer à une instruction objective, à assurer le suivi administratif et à veiller à ce que les décisions prises respectent le droit du travail, le règlement intérieur et les procédures internes applicables.

Les obligations générales de l’employeur

L’employeur conserve la responsabilité de la prévention et de la protection de la santé des salariés, même lorsqu’une enquête est confiée à un cabinet extérieur. La délégation de la réalisation matérielle des entretiens ne transfère pas cette responsabilité.

L’entreprise doit notamment prendre en compte les risques identifiés dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). Les situations de harcèlement, de violence ou de conflit durable peuvent révéler un risque lié à l’organisation du travail, au management, à la charge de travail ou aux relations professionnelles.

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À l’issue de l’enquête, l’employeur doit apprécier les suites à donner. Selon les éléments recueillis, il peut mettre en œuvre des mesures de protection, modifier l’organisation, rappeler les règles applicables, proposer un accompagnement, engager une procédure disciplinaire ou actualiser le DUERP. Ces décisions doivent être proportionnées aux faits établis et respecter les règles de procédure.

La place du comité social et économique

Le CSE contribue à l’expression collective des salariés et à la prise en compte de leurs intérêts dans les décisions relatives à la santé, à la sécurité et aux conditions de travail. Dans les entreprises d’au moins 11 salariés, il dispose de compétences générales en matière de présentation des réclamations. À partir de 50 salariés, ses attributions en santé, sécurité et conditions de travail sont plus étendues.

Le CSE peut alerter l’employeur lorsqu’il constate une atteinte aux droits des personnes, à leur santé physique ou mentale, ou aux libertés individuelles. L’article L.2312-59 du Code du travail prévoit notamment une procédure d’alerte en cas d’atteinte constatée dans l’entreprise. Cette atteinte peut notamment concerner des faits de harcèlement sexuel ou moral.

Le comité peut également être associé à la décision de lancer une enquête, à sa définition ou à son suivi. Dans certains cas, une enquête conjointe entre l’employeur et le CSE peut être mise en place. Cette coopération doit être organisée à l’avance afin de préciser les objectifs, la composition du groupe d’enquête, les modalités d’audition et les règles de restitution.

Le CSE n’a toutefois pas vocation à se substituer à l’employeur dans la prise de décision disciplinaire. Il ne prononce pas de sanction et ne tranche pas une infraction pénale. Son rôle consiste à représenter les salariés, à contribuer à l’analyse des risques et à vérifier que la situation de travail fait l’objet d’un traitement sérieux.

Une enquête conjointe entre l’employeur et le CSE

Une démarche commune peut présenter un intérêt lorsque les faits concernent les conditions de travail ou impliquent plusieurs niveaux de l’organisation. Elle permet de croiser les regards et de renforcer le dialogue social. Elle nécessite toutefois un accord clair sur les règles de fonctionnement.

Avant le début des auditions, les participants peuvent formaliser une note de cadrage. Celle-ci précise la nature des faits examinés, la période étudiée, les personnes entendues, la répartition des tâches et le format du rapport. Elle rappelle également que les témoignages doivent être recueillis sans pression et que les informations ne doivent être communiquées qu’aux personnes habilitées.

Les membres du CSE qui participent à une enquête doivent être attentifs aux conflits d’intérêts. Un élu directement impliqué dans les faits, proche d’une partie ou susceptible d’être entendu comme témoin ne devrait pas conduire les auditions relatives à cette situation.

Les étapes d’une enquête interne

Une enquête structurée repose sur plusieurs étapes. La première consiste à réceptionner le signalement et à évaluer les mesures immédiates nécessaires. Si la santé ou la sécurité d’une personne paraît menacée, l’employeur peut devoir organiser une séparation temporaire des protagonistes, adapter les conditions de travail ou orienter le salarié vers un professionnel de santé.

La deuxième étape consiste à définir les faits à vérifier. Les accusations doivent être distinguées des interprétations et des rumeurs. Les enquêteurs peuvent établir une chronologie, identifier les lieux concernés et recenser les documents disponibles, tels que des courriels, des messages professionnels, des plannings ou des comptes rendus.

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La troisième étape concerne les entretiens. La personne à l’origine du signalement, la personne mise en cause et les témoins doivent pouvoir s’exprimer dans des conditions respectueuses. Les questions doivent porter sur des faits précis : dates, propos tenus, comportements observés, contexte, fréquence et conséquences professionnelles.

La quatrième étape correspond à l’analyse des éléments. L’enquêteur compare les déclarations, vérifie les contradictions et distingue les faits établis, les faits partiellement corroborés et les éléments qui ne peuvent pas être confirmés. Il doit éviter de présenter une hypothèse comme une certitude.

La cinquième étape consiste à rédiger un rapport factuel. Celui-ci peut présenter la méthodologie, les personnes entendues, les éléments recueillis et les constats. Il est préférable d’éviter les formulations excessives, les jugements sur la personnalité et les informations étrangères au périmètre de l’enquête.

Pour approfondir les conditions de préparation et de réalisation de cette démarche, l’article Enquête interne en entreprise présente les principaux repères applicables aux organisations confrontées à un signalement sensible.

Le respect du contradictoire et des droits des personnes

Le principe du contradictoire doit être pris en compte avec prudence dans une enquête interne. La personne mise en cause doit pouvoir connaître la nature des faits qui lui sont reprochés et présenter ses observations. Cette information ne signifie pas nécessairement que l’identité de chaque témoin doit être communiquée, notamment lorsque cela pourrait exposer une personne à des pressions ou à des représailles.

La personne qui signale les faits doit également être traitée avec attention. Elle ne doit pas subir de mesure défavorable en raison de son signalement, sous réserve des dispositions légales applicables et de la bonne foi de la démarche. Le Code du travail protège notamment les salariés qui relatent ou témoignent de faits de harcèlement moral ou sexuel dans les conditions prévues par la loi.

Les enquêteurs doivent rester neutres. Ils ne doivent pas annoncer à l’avance qu’un comportement relève juridiquement du harcèlement. La qualification juridique peut dépendre de plusieurs éléments et relève, en dernier ressort, de l’appréciation des juridictions compétentes.

Confidentialité, données personnelles et traçabilité

La confidentialité est indispensable pour limiter les rumeurs, protéger les témoignages et préserver la dignité des personnes. Elle ne doit toutefois pas être présentée comme une garantie absolue d’anonymat. Dans une petite équipe, certains éléments peuvent permettre d’identifier indirectement un témoin.

Les comptes rendus et les pièces collectées peuvent contenir des données personnelles. Leur traitement doit respecter le règlement général sur la protection des données (RGPD) et les principes rappelés par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL). L’entreprise doit limiter la collecte aux informations nécessaires, contrôler les accès et définir une durée de conservation adaptée.

La traçabilité des opérations est également utile. Les enquêteurs peuvent conserver la date des entretiens, les documents examinés et les décisions prises, sans multiplier les copies ni diffuser le rapport à un nombre excessif de destinataires. Les personnes chargées de l’enquête doivent être sensibilisées à la confidentialité professionnelle et à la protection des données.

Quand faire appel à un intervenant externe ?

Le recours à un intervenant extérieur peut être envisagé lorsque les faits impliquent un dirigeant, un membre des ressources humaines ou un représentant du personnel. Il peut également être pertinent lorsque l’entreprise ne dispose pas des compétences ou du temps nécessaires pour conduire des entretiens sensibles.

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Un intervenant externe doit recevoir une lettre de mission précise. Celle-ci peut définir les faits examinés, les livrables attendus, les règles de confidentialité, les personnes autorisées à recevoir les informations et les modalités de coopération avec le CSE. Son indépendance doit être examinée avant le démarrage de la mission.

Dans les situations comportant une forte dimension psychosociale, l’entreprise peut associer enquête, écoute et prévention. Ces actions ne doivent pas se confondre. Un espace de soutien psychologique vise à accompagner une personne ou une équipe. Une enquête vise à établir des faits. Une médiation suppose, quant à elle, l’accord des parties et ne convient pas automatiquement à une situation de harcèlement présumé.

Les erreurs à éviter

  • Reporter l’enquête sans raison objective alors qu’un signalement précis a été transmis.

  • Confier la démarche à une personne directement impliquée ou dépendante d’un protagoniste.

  • Organiser des confrontations systématiques qui peuvent accroître la tension ou exposer les témoins.

  • Promettre un anonymat absolu qui ne peut pas être garanti dans le contexte de l’enquête.

  • Diffuser le rapport à l’ensemble des salariés ou communiquer des informations non nécessaires.

  • Réduire la situation à un conflit individuel sans examiner l’organisation et les conditions de travail.

  • Prendre une sanction avant d’avoir vérifié les faits et respecté les garanties procédurales.

Quelle articulation avec la médecine du travail et l’inspection du travail ?

Le service de prévention et de santé au travail peut être sollicité lorsqu’un salarié présente une difficulté de santé liée à son activité ou lorsque l’entreprise souhaite agir sur la prévention. Le médecin du travail reste soumis au secret médical et ne communique pas à l’employeur les informations médicales individuelles nécessaires à la protection de la personne.

L’inspection du travail peut être contactée par un salarié, un représentant du personnel ou l’employeur pour obtenir des informations sur l’application du droit du travail. Elle ne conduit pas systématiquement l’enquête interne de l’entreprise et son intervention répond à ses propres missions de contrôle et d’information.

En cas de faits susceptibles de constituer une infraction, la personne concernée peut également effectuer un signalement auprès des autorités compétentes. L’enquête interne ne doit jamais empêcher l’exercice des droits des victimes ou des témoins auprès de la police, de la justice ou des organismes habilités.

Le suivi après l’enquête

Le traitement d’un signalement ne s’arrête pas à la remise du rapport. L’employeur doit informer les personnes concernées des suites données dans une mesure compatible avec la confidentialité et la protection des données. Il peut également prévoir un point de suivi à une date déterminée afin de vérifier l’évolution de la situation de travail.

Les actions décidées peuvent porter sur l’organisation, la charge de travail, les pratiques managériales, la formation, la prévention du harcèlement ou l’accompagnement des équipes. Lorsque l’enquête met en évidence un risque collectif, les résultats utiles à la prévention doivent être intégrés dans l’évaluation des risques professionnels et dans le programme d’actions de l’entreprise.

Une coopération claire entre les ressources humaines, la direction et le CSE permet de distinguer les responsabilités de chacun. L’employeur décide et agit au titre de son obligation de protection. Les RH organisent et sécurisent la démarche. Le CSE représente les salariés et contribue à l’analyse des conditions de travail. Ensemble, ils peuvent inscrire l’enquête interne dans une politique plus large de prévention des risques psychosociaux et d’amélioration de la qualité de vie et des conditions de travail.